Voir le jour - Film (2020)
Voir le jour - Film (2020)

Film de Marion Laine Comédie dramatique 1 h 31 min 12 août 2020

Jeanne travaille comme auxiliaire dans une maternité de Marseille. Nuit et jour, Jeanne et ses collègues se battent pour défendre les mères et leurs bébés face au manque d’effectif et à la pression permanente de leur direction. Jeanne vit avec Zoé, sa fille de 18 ans, qu’elle élève seule. Lorsqu’un drame survient à la maternité et que Zoé part étudier à Paris, le passé secret de Jeanne resurgit soudain et la pousse à affirmer ses choix de vie.

Aide


Pour télécharger le contenu vous devez installer un logiciel de "Torrents" : Utorrent

Cliquer ensuite sur « Telecharger le Torrent » ci-contre et le téléchargement débutera !

Film Voir le jour torrent



Ceux pour qui Sandrine Bonnaire reste inoubliablement la Mona de « Sans Toit ni Loi » (1985), par Agnès Varda, risqueront d’être déçus. Déçus de ne pouvoir l’aimer davantage dans ce « Voir le jour », où elle affiche par instants un sourire si rayonnant et si carnassier qu’il rend absolument non crédibles les doutes qui sont censés habiter son personnage et le faire vaciller dans la poursuite de son métier.

Jeanne (Sandrine Bonnaire, donc) est auxiliaire puéricultrice dans une maternité marseillaise qui, comme tous les hôpitaux publics du territoire français actuellement, doit louvoyer entre la nécessité des soins à prodiguer aux patients, ici des mères et leurs nourrissons, et le manque criant de moyens, en temps et en personnel. Cette situation de fond fait l’objet d’exposés souvent lourdement pédagogiques (grands discours explicatifs de Brigitte Roüan en infirmière chef) ou de conversations faussement légères mais très démonstratives entre les autres infirmières (Aura Atika, Sarah Stern...). Seule Kenza Fortas, découverte et tant appréciée dans « Shéhérazade » (2018), de Jean-Bernard Marlin, tient son rôle avec un naturel rafraîchissant. L’univers hospitalier abordé par le biais du regard des femmes ramène inévitablement à « Pupille » (2018), de Jeanne Herry, autour de la question des abandons à la naissance et des adoptions que ceux-ci permettent ; film qui n’était déjà pas sans défauts mais que la sensibilité d’Elodie Bouchez permettait de racheter quelque peu. Ou encore au plus convaincant « De chaque instant » (2018), de Nicolas Philibert, qui faisait clairement apparaître l’implication des infirmières dans l’exercice de leur métier.

Sur cette thématique promue par le titre et l’affiche se greffe une histoire intime qui aurait pu être intéressante mais que son exploitation maladroite rend assez improbable. La question du lien mère-enfant et des affranchissements nécessaires qui le jalonnent (« Voir le jour » se joue donc à plusieurs âges et, de ce fait, ne concerne pas seulement les enfants...) est réapprochée dans la vie personnelle de Jeanne, mère célibataire de Zoé (Lucie Fagedet), prénom qui signifie, rappelons-le, « vie », en grec ; la démonstration commence à se faire un peu appuyée... Atteignant sa majorité et passant ses examens avec succès, la jeune fille va devoir couper une nouvelle fois le cordon, cette fois elle-même, en s’éloignant pour ses études. Moment d’autant plus lourdement charnière que le passé de sa mère (elle aurait été Norma, la sensuelle chanteuse d’un groupe punk ayant connu une certaine gloire, avant son brusque détachement provoqué par sa maternité...) resurgit, à l’occasion de la mort de l’un des membres du groupe dissous... La question du père va alors être posée, après dix-huit ans de silence. Un silence d’ailleurs problématique, mais intéressant, et qui restera non traité...

La musique quasi constante de Béatrice Thiriet est insupportable de platitude et souligne systématiquement les intentions de la réalisatrice. Et ne nous appesantissons pas sur les moments de symbiose béate et factice provoqués par le chant collectif d’une chanson pourtant belle et touchante, par ailleurs, ni sur le portrait assez vitriolé de l’un des rares représentants de la gent masculine : le médecin chef (Stéphane Debac), évidemment aussi arrogant que méprisant vis-à-vis du dévouement et de la compétence de ces dames. Non que ce genre de personnage n’existe pas dans ce qu’il est convenu d’envisager comme la vie réelle ; mais, d’un point de vue artistique et scénaristique, il aurait pu être judicieux de ne pas lester la barque d’une charge démonstrative aussi plombée...

Une ouverture, toutefois, inespérée : quelques scènes oniriques, plutôt réussies, peut-être parce que enfin dégagées des chaînes trop intentionnelles du réel. Et quelques flash-back, auxquels se mêlent les personnages actuels, en une revisitation assez enrichissante du jeu de la mémoire... Des scènes, oniriques ou mnésiques, qui sont souvent liées au thème de l’eau ; sauf une, assez savoureuse, au contact d’un boucher...

Mais ces fils - onirique, aquatique (car Zoé pratique la plongée en apnée, sa mère est fascinée par les méduses, qui avaient titré, en anglais, son groupe...) - ne suffisent pas à sauver une barque qui prend l’eau de toutes parts.